Entretien: Nacéra Bensaddik, Archéologue



Le festival de Timgad n’a aucun rapport avec la nature historique de Tamugadi.

Par: Djamal Guettala

Après une licence d’histoire-géographie à la Faculté des Lettres d’Alger, Nacéra Benseddik poursuit ses études d’Histoire à l’université de Paris X Nanterre, avec une maîtrise d’Histoire ancienne et épigraphie latine et une thèse de doctorat de 3e cycle sous le thème : «Les troupes auxiliaires de l’armée romaine en Maurétanie Césarienne sous le Haut- Empire». Après un retour à Alger où, conservateure chargée de recherche puis inspectrice des antiquités à la direction de l’archéologie, des musées et des monuments historiques (ministère de la Culture), elle dirige les fouilles du forum de Cherchell puis celles de l’Asklépieium de Lambèse avec les équipes britanniques du British Museum (T. W. Potter) et de l’université de York (S. Roskams), elle oriente ses recherches vers l’histoire des religions et soutient une thèse de doctorat d’Etat à l’université de Paris IV-Sorbonne sur «Le culte d’Esculape en Afrique». Elle compte à son actif plusieurs ouvrages et articles parus dans la presse.


Algérie News : L’archéologie est une discipline scientifique dont l’objectif est d’étudier et de reconstituer l’histoire depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine.Comment et pour quelle raison avez-vous choisi cette discipline ?

Nacéra Bensaddik : Parmi mes matières préférées au lycée, il y avait l’Histoire et le latin. Voilà pourquoi l’histoire ancienne, l’archéologie et l’épigraphie latine sont devenues ma profession. Selon des archéologues algériens, nous avons des compétences mais peu de moyens par rapport à l’importance de notre patrimoine archéologique. Est-ce que vous pouvez nous en parler ? Je ne partage pas l’optimisme de vos interlocuteurs. Nous n’avons ni compétences ni moyens matériels suffisants pour nous occuper sérieusement de notre patrimoine archéologique. Pourtant ni l’argent ni les universités ne manquent !

Si je vous cite le mausolée du Madracen, que de divergences ! Les uns affirment que c’est un mausolée numide du roi Madracen, d’autres nous parlent d’un ancêtre des zénètes ou bien qu’il fait partie des sites historiques romains ! L’état de dégradation du Madracen semble inquiétant et la direction de l’habitat s’occupe de sa réhabilitation. Selon vous en tant qu’archéologue, est-elle compétente pour mener à bien cette restauration ?

Le Madracen est le plus ancien monument numide d’Afrique du Nord et l’un des deux seuls mausolées de ce type (l’autre est le Tombeau dit de la Chrétienne, près de Tipasa). Le style architectural et la datation des cèdres de la galerie situent la construction de ce monument au Ve siècle avant J.- C. Il a vraisemblablement, accueilli les dépouilles des ancêtres Massyles de Massinissa. Là aussi, plusieurs interventions malheureuses alors qu’on a les moyens financiers de monter un projet international de grande envergure, à la mesure du symbole Je sais seulement, que les étais en bois qui ont été posés il y a quelques années, trop longtemps, constituent désormais un danger pour la stabilité du monument, et qu’il est de nouveau à l’abandon, enfermé dans une clôture (encore une !).

Un autre site, Timgad en l’occurrence, semble être dans un état de dégradation inquiétant. Par le passé, on a tiré la sonnette d’alarme surtout durant le festival. Croyez-vous que construire un amphithéâtre en dehors du site serait une solution ?

Il ne s’agit pas d’amphithéâtre mais de théâtre. Votre question arrive un peu tard puisque un théâtre en béton vient malheureusement, d’être achevé en un lieu tout à fait inapproprié, puisqu’il porte atteinte à l’intégrité et à l’esthétique du site. Je ne comprends pas le sens de ce festival à Timgad car il n’a aucun rapport avec la nature historique de Thamugadi.

Quelles sont vos constatations quant au lieu dit Tombeau de Massinissa ex-«Soumaâ» d’El Khroub ?

C’est un autre grand scandale, qui pourrait faire l’objet d’un cours pour spécialistes sur l’anachronisme et le non-respect de la législation relative aux monuments historiques : le monument lui-même et ses abords ont subi d’infâmes interventions, le bétail se promène en toute liberté à l’intérieur d’une clôture ridicule et inachevée, aucun gardien… et le comble, un arc pseudo-romain à une centaine de mètres de là. Micipsa (et non Massinissa) doit avoir mal à son squelette !

Vous êtes membre fondateur de l’association pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine dont les objectifs sont clairs. Quel en est le bilan ?

Pour le bilan, il vaut mieux que vous vous adressiez au bureau actuel de l’association. Je sais seulement, qu’elle a beaucoup de mal à travailler car elle attend toujours le renouvellement de son agrément. Vous êtes également enseignante à l’Ecole des beaux-arts.

Qu’est ce que l’archéologie a apporté aux étudiants de cette discipline ?

La découverte de leur patrimoine historique et artistique et la fierté d’appartenir à une très vieille et riche civilisation. D’ailleurs, j’espère et je crois fortement, que nos jeunes s’occuperont mieux de leurs monuments et sites historiques.

D. G. 
Algerie News

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